Jan
14
2010

Tout passe trop vite : c etait il y a bientot un an…


ALI BOULALA
I wish you were here…
Un texte qui n’engage que lui & des photographies de Loïc Benoit.

Samedi 28 février 2009.
Il est 9 heures du matin et me voilà dans une Lexus Automatic direction la prison. Oui je vous l’avoue c’est une première, d’autant plus que je suis à des milliers de kilomètres de chez moi, en Australie. Direction la prison où Ali Boulala purge sa peine, au volant Amanda la fiancée d’Ali et sur la banquette arrière, un certain French Fred, fraichement récupéré à la sortie de l’avion. Ça fait maintenant deux ans et trois mois que je n’ai pas vu Ali, et cela fait quasiment autant de temps que je n’ai pas eu de nouvelles fiables. Tout ce que je sais, c’est qu’il va bien… Rien de plus. Même si après quelques jours chez Amanda, j’en ai appris beaucoup sur tout ce qui s’est passé depuis l’accident; inutile de revenir sur les faits. En tout et pour tout, Ali est resté trois mois et demi à l’hôpital, dont un mois complet au service réanimation, et deux semaines dans le coma. Depuis sa sortie de l’hôpital Ali se rééduque quotidiennement, et même s’il n’a quasiment aucune trace apparente de l’accident (seulement quelques petites cicatrices) il boite encore.

Pendant les quelques mois qui ont suivi cette sortie, Ali a attendu son procès, ensuite la sanction est tombée : quatre années dont deux fermes…

Cette entrevue je l’attendais depuis un long moment. Même si j’ai passé un mois entre Sidney et Melbourne, obtenir un droit de visite n’a pas été simple : j’ai dû me préenregistrer auprès des autorités policières et prendre une sorte de « rendez-vous » de visite. Tout au long de ce trajet de deux heures qui m’a mené de la petite maison d’Amanda à cette belle prison à l’ouest de Melbourne, je me repassais tous ces bons moments partagés avec Ali en France, à Lyon. Les années d’insouciance, de délires de gosses, de discussions sur notre idéal de vie…

Ali est un sacré spécimen c’est le moins que l’on puisse dire, durant nos quelques années de vie quasi communes, je l’ai vu collectionner pas mal de choses. Il a la fâcheuse tendance à ne pas faire les choses à moitié, lorsqu’il se met en tête de rouler en 2 roues, il en achète 3 afin d’avoir le choix, tout simplement, idem pour la guitare, après avoir appris 3 accords le voilà collectionneur de Fender…
Je me souviens même de sa période véhicule radiocommandé, il a tout d’abord commencé par une petite voiture, mais le lendemain il a préféré retourner à la boutique et acheter un hélicoptère ! Oui Ali est un gosse. Donc voilà comment nous nous sommes retrouvés quelques après midi à « jouer » à l’hélicoptère, au lieu de partir comme à notre grande habitude à la recherche de spots de skate en banlieues lyonnaises. Ali est un skater et sera toujours « hors pairs », il skate tout avec simplicité, et ses lectures des spots couplée à se façon de les exploiter, ont beaucoup apporter « au skate de ces dernières années ». Ali à toujours eu cette tendance à ne pas trop réfléchir lorsque et seulement lorsque que les situations devenaient risquées et riches en adrénaline. Ce qui m’a voulu d’etre le témoin de nombreuses scènes hippiques : un saut de 6 m de haut en skateboard dans une rivière de montagne, une traversée de route en snowboard après avoir oublié de freiner après son « gratte dos », faire un flip de fou sur un gap en snowskate, mais sauter de marches en trottinette, faire de la mini moto sur une table de salon, ….
Il fonce le Ali, prends la vie comme elle vient, se pose tout de même quelques questions sur son futur, même si certains mags se donnent un malin plaisir à véhiculer une image « piss drunk » sans cerveau, sachez que Ali, même s’il est vrai qu’il adore vivre dans l’excès, a toujours su analyser les situations et en prendre les bons cotés. Mine de rien, Ali a toujours bien géré sa carrière de skater pro, son compte en banque, ses soucis de couple, en gros les problèmes de la vie de tous les jours.

Je suis un peu stressé, anxieux, curieux, .., nous sommes dans un petit village du bush australien, sur le parking d’une prison. Je préfère vous précisez que le système carcéral australien à l’air mieux géré et organisé que dans notre hexagone soi-disant connu pour être « la terre des libertés ». Ici rien n’est gris, rien n’est délabré, rien ne parait rabaisser l’être humain… Ici tout est fleuris, les gardiens ont le sourire et ne sont pas armés. Une fois l’arche de fleurs franchi et nos poches vidées, nous déclinons nos identités.

Nous sommes face au réfectoire, lieu de visite bien plus sympathique et « humain » que le fameux parloir des séries télé américaines. Mes mains sont humides, je suis stressé, je fais les cent pas, Fred ne sais pas quoi me dire, idem pour moi, nous n’attendons qu’une seule chose, serrer, revoir et profiter de notre ami qui purge sa peine, loin de chez nous.

Il arrive, une dernière fouille et nous pouvons enfin savourer ce moment de retrouvailles. Que nous avons l’air con la larme à l’œil, comme des gamins, les premiers mots sont difficiles et ont du mal à sortir : « the frenchies sont dans la place ! ». Il n’a pas changé, le même, sauf que la tenue vestimentaire en a pris un coup ! Exit les accessoires et autres frous-frous qui composaient la fameuse « garde robe » du plus connu des gipsy. Quoi que le souhait de cultiver « la différence » est toujours d’actualité dans le quotidien d’Ali. En effet, alors que tous les détenus portent un pantalon de jogging vert, Ali arbore un Dickies bleu et il porte les lunettes de soleil de sa copine, alors que c’est tout simplement interdit.

Pendant ses trois heures de visite autorisées, nous avons assisté au comptage de détenus : une sonnerie retenti, nous sommes invités à nous rendre à l’intérieur du réfectoire, pendant que tous les détenus présents dans la salle de visite s’alignent de l’autre coté de la baie vitrée ; quel spectacle. Fred me tape sur le coude : « t’as vu la belle photo ! » et quelle photo ! Ali au milieu de tous les détenus, arborant fièrement les lunettes de soleil et son futal bleu, alors que tout le monde est verdâtre. Ça rassure de voir ce genre de scène.

Sinon contrairement à ses collègues de cellule, Ali ne travaille pas à l’usine attenante à la prison, en effet son handicap le dispense de toutes activités, il s’occupe donc comme il peut. Il confectionne des boites et des ranges briquets en allumettes, ses activités peuvent se rapprocher à des ateliers de centres aérés. Mais selon lui les journées passent vite, et des fois même trop vite, entre les ateliers de confections diverses et variées, la rééducation, les promenades, le roi des gipsy se plaint de ne pas avoir le temps d’aller à la piscine. hé !
Ali nous a aussi fait part de sa joie d’avoir acquéri un PSP, oui ce jouet peut changer la vie d’un tolar, car hormis le fait de pouvoir jouer à des jeux de type électroniques, ce petit appareil permet aussi de regarder toutes sortes de vidéos… Et même si la détention de dvd est prohibé dans l’enceinte de la prison, c’est un peu comme les drogues et autres petits plaisirs de la vie ; entendez par là que le trafic de films de cul est monnaie courante, et replonge Ali tout droit dans l’adolescence ! Le jour avant notre venue, Ali a tout simplement broyé un dvd dans sa main afin de le faire passer par le trou des toilettes dans le but d’échapper à une fouille de cellule avec option « chien », ca ne rigole pas ! Et un truc est sur Ali ne veut pas voir sa peine rallonger à cause d’une mauvaise conduite ou pour la possession d’un film de cul !
Ali ne reçoit pas trop de visite même si sa copine essaie de se rendre à la prison tous les week-ends, les visites ne sont autorisées que les samedi, dimanche et lundi. Certains skaters australiens lui en veulent même toujours pour l’accident… Passons !

Cette visite est passée très rapidement, nous avons bien-sûr parlé du passé, donné des nouvelles des Lyonnais, mais aussi de la France, de ses nouvelles lois et nous avons aussi parlé de ses sponsors. Vous devez juste savoir que des marques ont lâché Ali alors qu’il était toujours dans le coma, à croire qu’aucun être humain ne travaille chez ses gros groupes. Arrêter de payer un gars qui est entre la vie et la mort sur son lit d’hôpital sous prétexte qu’il n’est plus « bankable ! » Quel monde de merde ! Ali angoisse un peu concernant son avenir, sans argent de côté. Amanda fait tout son possible pour lui obtenir un visa australien afin qu’il ne soit pas expulsé dès sa sortie de prison, prévu pour le printemps 2010. Ali ne se laisse pas abattre pour autant, il apprend le « biz » comme il dit, il étudie le marketing, mais aussi le graphisme (Photoshop et Illustrator) dans sa belle prison ; afin d’être prêt à affronter la réalité du monde extérieur.

Après ses trois heures de retrouvailles, nous avons été invités à quitter les lieux, nous avons donc laissé Ali repartir du côté « des sanctionnés », quant à Amanda, Fred et ma pomme, nous avons pris le chemin de la liberté. Et c’est dans des moments comme ca que l’on prend conscience de la chance que l’on a de jouir de celle-ci.

Ali nous a donné rendez-vous pour la suite de ses aventures en 2010, toujours aux antipodes.
I wish you were here man, be strong !

(Paru dans le Magazine Maelstrom N°1 (Juin 09))

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